> L'histoire de la formation des marins à La Rochelle

La première trace formelle d’un enseignement maritime à La Rochelle date de 1655. Le maître d’hydrographie Caudron y était venu de Dieppe pour cartographier les côtes atlantiques françaises et espagnoles. Décédé en mer, son frère cadet vint à La Rochelle récupérer ses affaires, dont en particulier les précieux rouleaux en cuivre servant à l’impression des cartes marines. Les édiles de La Rochelle lui demandèrent alors de rester pour y enseigner l’hydrographie, soit « l’art de naviguer par règles et principes », ce à quoi il consentit. D’autres professeurs privés y enseignèrent également.

C’est en 1691 que fût nommé le premier maître d’hydrographie à La Rochelle. Il s’agissait du sieur Vaudin, seigneur de Lombreuil, écuyer et hydrographe. Le sieur Beauvoisin lui succédât en1707, et fût, entre autres, appointé pour enseigner l’hydrographie à huit enfants pauvres de la ville. Tout au long du 18e siècle, d’autres chaires d’hydrographie furent actives à Rochefort, Marennes, aux Sables d’Olonne et même à l’Île d’Yeu.

A partir de 1732, l’enseignement de l’hydrographie fût confié aux jésuites : d’abord le père Yves Valois jusqu’en 1756, puis le père Gabriel Jean Chasteauneuf jusqu’en 1762, date à laquelle l’ordre des jésuites fût dissous en France. A partir de cette date, une école publique (royale, nationale, impériale, royale, impériale puis finalement nationale) d’hydrographie a formé des capitaines de navires à La Rochelle jusqu’à sa fermeture en 1884.

L’enseignement a cependant du y être jugé trop orienté vers les seules sciences de la navigation, puisqu’en 1844 a été créée une « école spéciale d’industrie maritime et commerciale » annexée au collège royal de La Rochelle. Cette école avait pour but de préparer « les jeunes gens aux écoles spéciales de l’État et à toutes les professions commerciales, maritimes et industrielles. » Il semble bien que ce fût la première école à allier formellement les formations maritimes et commerciales. D’autres écoles du même type ouvriront dans plusieurs villes du littoral à la fin du 19e siècle.

Le manque de formation maritime finit par se faire sentir, et en 1904 la municipalité et la chambre de commerce décidèrent de financer et d’ouvrir une école libre d’hydrographie. Constatant son succès, une école des mécaniciens de marine fût ouverte en 1908 suivi d’une école professionnelle des pêches maritimes en 1910. Le déclenchement de la première guerre mondiale eut pour effet malheureux la fermeture de toutes ces écoles. En 1918, des divergences de vues relatives aux réformes de l’enseignement maritime firent qu’il n’y eut pas de réouverture.

En 1921, de nouveau la municipalité et la chambre de commerce décidèrent de créer une école rochelaise de navigation destinée à la fois aux marins du commerce et de la pêche. En 1926, une école de mécaniciens de marine y est adossée. L’école rochelaise de navigation prépare alors aux brevets d’officiers tant au pont qu’à la machine, tant au commerce qu’à la pêche. C’est donc une école destinée aux pêcheurs et marins du commerce ayant déjà une expérience maritime et/ou un certain niveau d’étude.

Afin de former le personnel d’exécution, une première École d’Apprentissage Maritime est installée à La Rochelle en 1941 à « l’Abri du Marin », place de la Chaîne. L’École d’Apprentissage Maritime (EAM) de Port-Neuf ouvre ses portes en 1958, les cours durent neuf mois et préparent au Certificat d’Aptitude Maritime (CAM).

A la rentrée 1961, l’école rochelaise de navigation est rattachée à l’EAM. Dès 1968, les premières formations en cultures marines (Certificat d’Etudes Maritimes Conchylicoles) sont préparées sur l’établissement de Port-Neuf. En 1974, le Collège d’Etudes techniques Maritimes Conchylicoles (établissement dépendant du même réseau d’établissements) organise à Ronce-Les-Bains une première formation de BEP Maritime de Conchyliculture transférée en 1980 à Port-Neuf et l’EAM devient EMA (Ecole Maritime et Aquacole). A partir de 1990, l’acquisition d’un établissement d’application à Ars-en-Ré permet d’améliorer notablement les enseignements pratiques en cultures marines. L’EMA devient établissement public local d’enseignement en 1991 et prend le nom de Lycée Maritime et Aquacole (LMA) en 1993.

En 1994 est ouvert le premier BEP de Cultures Marines, bientôt suivi par les BEP Maritimes de Marin-Pêcheur, Marin de Commerce, Mécanicien et les CAP Maritimes de Matelot et Conchyliculteur. Les bac pros « Cultures Marines », « Conduite et Gestion de l’Entreprise Maritime » et « Electro-Mécanicien Marine » ouvrent à partir de 2006. Enfin, le LMA accueille depuis 2017 une section de BTS « Pêche et Gestion de l’Environnement Marin ».

Pour en savoir plus :

EVEN, Pascal, « L’école d’hydrographie de la Marine de La Rochelle au XVIIIe siècle » in Revue de la Saintonge et de l’Aunis : Bulletin de la société des archives historiques, La Rochelle,  tome XIII, 1987, pp 31-46. Disponible ici : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97869599/f33.image.r=d’hydrographie?rk=21459;2 .

LARRIEU, Pierre-Yves, « Luttes juridiques pour la tutelle des écoles d’hydrographie, à l’occasion de l’expulsion des jésuites, en particulier dans les villes de La Rochelle, Nantes, Rouen et Bayonne (1760- 1785) », Annuaire de Droit Maritime et Océanique, Tome XXXI, CDMO, Nantes, 2013, pp 69-89.

BIGET, Denis, « Des écoles de pêche aux lycées maritimes et aquacoles », Techniques & Culture [En ligne], 45 | 2005, mis en ligne le 22 mai 2008, consulté le 30 décembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/tc/1351 .

http://www.liv-editions.com/livre/345-ecoles-de-peche-eam-et-ema-lycees-professionnels-maritimes.html

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